Photo d'illustration : Jean-Christophe Verhaegen / AFP

Sept militants anti-Cigéo comparaissent mardi au tribunal de Bar-le-Duc

Justice

Mardi prochain, dès neuf heures, sept militants anti-Cigéo comparaîtront devant le tribunal de Bar-le-Duc pour « association de malfaiteurs, organisation d’une manifestation non déclarée, participation à un attroupement après sommations de se disperser et stockage en bande organisée de produits incendiaires ». Le procès devrait durer trois jours. D’après un avocat de la défense, la peine maximale encourue par les prévenus serait de dix ans.

Dans un communiqué, les sept prévenus, quatre hommes et trois femmes estiment que « la justice a fait le choix de faire comparaître la lutte à la barre » et souhaitent que le projecteur soit davantage mis « sur notre lutte contre Cigéo, donc sur les raisons de notre engagement et de sa criminalisation qui nous mène devant ce tribunal ».

Récemment, plus d’une centaine d’organisations locales et internationales ont ainsi apporté leurs soutiens aux prévenus. Un cortège manifestera dans les rues de Bar-le-Duc mardi. Dans une tribune publiée au début du mois, de nombreuses personnalités publiques ont également signé le texte « Nous sommes tous des malfaiteurs », qui demandent notamment la relaxe des inculpés.

Quels sont les faits reprochés ?

Le 21 juin 2017, vers 6 h 50, des saccageurs entrent dans l’hôtel-restaurant du Bindeuil, près du laboratoire de l’ANDRA (Agence Nationale pour la gestion des Déchets RadioActifs) à Bure. Plusieurs dégradations sont commises dans l’établissement : fenêtres brisées, meubles et mobiliers renversés jusqu’à une tentative d’incendie. Une enquête préliminaire est ouverte et le procureur de Bar-le-Duc ouvre une information judiciaire dès juillet 2017. De grands moyens sont employés pour retrouver les auteurs : perquisitions, filatures, mises sur écoute et mesures de sûreté pendant la période d’instruction judiciaire.

Selon nos confrères de Reporterre et de Mediapart, plus de 85 000 conversations et messages auraient été interceptés ainsi que plus de 16 ans cumulés de surveillance téléphonique. 29 personnes et lieux auraient été mis sur écoute et les déplacements de deux militants surveillés à l’aide d’une balise géolocalisée.

Au cours de l’enquête, les investigateurs élargissent leurs recherches sur des faits antérieurs et postérieurs aux dégradations commises au Bindeuil. Ils enquêtent notamment sur la dégradation de la clôture du site « écothèque » de l’ANDRA, dégradée en février 2017.

Aujourd’hui, les faits reprochés aux inculpés se concentrent surtout sur une manifestation non autorisée, organisée le 15 août 2017. Cette manifestation avait notamment conduit à des affrontements avec les forces de gendarmerie présentes.

 « Des dispositifs judiciaires préventifs, dissuasifs et éminemment politiques »

D’après un avocat de la défense, « tout part de l’incendie du restaurant, mais aucune personne n’est finalement jugée pour ces faits. Pour mes clients, ce procès est le dernier acte d’un spectacle judiciaire ». L’avocat ajoute que les militants souhaiteraient reprendre une vie normale sans toutefois abandonner leurs opinions politiques. Lors du procès, les sept prévenus souhaitent ainsi « mettre en lumière la répression que subit l’ensemble du mouvement social via des dispositifs judiciaires préventifs, dissuasifs et éminemment politiques ».

Compte tenu des grosses investigations qui ont été menées et des mesures de sûreté décidées par le juge durant le temps des investigations (interdictions de contact, interdictions de sortie du territoire et interdictions de paraître en Meuse ou en Haute-Marne), un avocat de la défense estime en effet qu’avec ces dispositifs, ses clients ont déjà exécuté « une lourde peine qui les a coupés du territoire, de leurs amis et de leurs convictions ».

Hasard du calendrier, le procès des militants anti-Cigéo se tient au moment où l’ANDRA débute une concertation citoyenne sur la phase pilote industrielle du projet et qu’une Déclaration d’Utilité Publique déposée en août 2020 est en cours d’instruction. Loin d’être le premier procès de militants anti-Cigéo, cet énième procès de Bure apparaît à nouveau comme un moment charnière.

C’est quoi le projet Cigéo ?

Le Centre Industriel de stockage GÉOlogique est un projet d’enfouissement de déchets radioactifs. Il prévoit du stockage de déchets nucléaires français de haute activité et de moyenne activité à vie longue dans des communes de Meuse et de Haute-Marne. Ces déchets resteront radioactifs pendant plusieurs centaines de milliers d’années. 85 000 m3 de déchets pourront être stockés dans 270 kilomètres de galeries situées à 500 mètres de profondeur.

L’ANDRA mène des recherches depuis la fin des années 90, notamment dans le laboratoire souterrain de Bure, construit en 2000 pour étudier la faisabilité géologique du projet.

L’an passé, l’ANDRA a déposé une DUP (Déclaration d’Utilité Publique) dont la réponse est attendue d’ici la fin de l’année. Récemment, 4 communes ont ainsi émis un avis défavorable à la DUP. 2 communes n’ont pas rendu d’avis et 5 ont voté un avis favorable, mais avec des réserves. D’autres avis doivent être récoltés jusqu’à la fin de la DUP. Cette année, l’ANDRA prévoit également de déposer un dossier auprès de l’Autorité de Sûreté Nucléaire pour obtenir un Décret d’Autorisation de Création.

Le début de la construction du site serait ainsi prévu dès 2025 et l’arrivée des premiers déchets en 2035. Le stockage est prévu pour un siècle avec une fermeture du site aux horizons 2150. Le coût total du projet serait de 20 à 30 milliards d’euros.

Article publié le :
29.5.2021
à
9:35

Théophile Aubriot

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