Éric Guerre, auteur de romans, nouvelles et fables, et Pierre Le Gallo, illustrateur et scénographe, partagent bien plus qu’une collaboration artistique. « C’est un rapport de confiance et d’amitié, c’est tout », confie Éric Guerre. Leur lien fort, né il y a plus de trois décennies, nourrit un travail d’une grande sensibilité, où l’un et l’autre se retrouvent « dans une complicité créative ».
Écrire comme une évidence
Pour Éric, l’écriture n’est pas une décision, mais une évidence : « Rien ne m’a mené jusqu’à l’écriture. Elle était en moi depuis le début ». Il écrit depuis l’enfance, mais c’est seulement à la retraite qu’il décide de partager ses textes. Le déclic vient de sa femme : « Elle m’a demandé : à quoi ça sert tout ce que tu fais enfermé dans ton bureau ? ». Une simple question qui a réveillé l’envie de transmettre et toucher les autres.
L’univers d’Éric est profondément poétique et musical. Il accorde une attention méticuleuse à chaque mot, chaque sonorité : « Je peux passer 15 minutes sur un mot pour que la musicalité fonctionne ». Ses écrits explorent des thèmes profonds et émotionnels, avec une approche qui varie selon les sujets abordés. « Ce sont mes personnages qui m’emmènent, et non l’inverse », explique-t-il. Une écriture fluide, vivante, où chaque texte a son propre style.
Le livre à quatre mains : une quête d’inspiration
Dans leur prochain ouvrage « Les paradis perdus », les deux artistes racontent une histoire d’amitié, mais aussi une quête existentielle : celle de deux amis, dont l’un est illustrateur, à la recherche d’une inspiration oubliée. Éric et Pierre y intègrent des éléments d’eux-mêmes, dans une narration mi-fictionnelle, mi-réelle. « On a fait un pas de côté pour que ça devienne un roman », explique Éric. L’histoire devient un road movie littéraire, à travers la France et les souvenirs, où les illustrations dialoguent avec les mots.
Une création ancrée dans la confiance
Le duo fonctionne sur une confiance réciproque totale : « On se connaît, on sait qu’on peut s’appuyer l’un sur l’autre ». Leur manière de travailler est organique, intuitive. « Quand l’un dit quelque chose, l’autre le fait ». Pierre illustre les haltes imaginaires, les rituels du voyage, mais aussi des souvenirs enfouis et des lieux disparus. « Les illustrations sont faites de choses qui n’existent plus, ou qui auraient pu exister », précise-t-il.
Les paradis perdus n’est pas qu’un roman graphique. C’est aussi une exploration de l’amitié, de ses fragilités, et du temps qui passe. Le texte aborde également la solitude liée à la maladie, le désir d’avancer malgré l’incertitude, et la beauté du lien humain. « Ce livre interroge : qu’est-ce qui fait qu’une amitié existe ? Qu’est-ce qui la menace ? », résume Éric.


