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L’impossible oubli : l’héritage du Rwanda au cœur de la Meuse

Durée de lecture : 3 min.
Le 7 avril dernier marquait le 32e anniversaire du début du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda. Mais comment cette mémoire continue-t-elle d'habiter ceux qui ont refait leur vie loin de là, notamment ici en Meuse ?
Le 7 avril dernier marquait le 32e anniversaire du début du génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda. Mais comment cette mémoire continue-t-elle d'habiter ceux qui ont refait leur vie loin de là, notamment ici en Meuse ?

Le roman de Valens Kabarari s’ouvre dans un cadre inattendu : la tranquillité rurale de la Meuse. Ce calme vole brusquement en éclat lorsqu’un visage apparaît à la télévision. Pour l’auteur, ce choix géographique n’est pas anodin. Il s’agit de souligner que le génocide n’est pas qu’une affaire rwandaise, mais un événement dont les ondes de choc traversent les frontières.

Je voulais mettre ce contraste pour montrer que oui, ça s’est passé loin de la France, mais un événement peut bousculer la tranquillité des Français en Meuse. Ce génocide est un crime contre l’humanité, il ne concerne pas que les Tutsi du Rwanda, explique Valens Kabarari.

La justice et les fantômes du passé

L’élément déclencheur du livre est l’arrestation d’un génocidaire présumé, vue à la télévision par les protagonistes. Trente-deux ans après, la question de la justice reste brûlante. De nombreux auteurs du génocide ont fui le Rwanda pour s’installer en Afrique ou en Europe, et particulièrement en France.

L’histoire suit une femme française qui était au Rwanda en 1994. Elle a tenté d’oublier, de reconstruire sa vie, jusqu’à ce qu’elle reconnaisse cet homme à l’écran. Ce basculement affecte profondément son fils, né au moment même des massacres. À travers eux, l’auteur raconte non seulement l’horreur de 1994, mais aussi le Rwanda d’aujourd’hui, une facette souvent oubliée des témoignages de rescapés.

Un bilan humain qui ne cesse de s’alourdir

Le titre de l’ouvrage, « Les Muzungu ne craignent rien », utilise le terme Muzungu, qui signifie « Blanc » en kinyarwanda. Il rappelle les perceptions et les enjeux identitaires de l’époque. Interrogé sur le bilan humain, Valens Kabarari rectifie les chiffres officiels souvent cités par les instances internationales.

« On parle souvent de 800 000 victimes, mais historiquement, on a dépassé le million. On trouve encore des corps aujourd’hui. En avril, au Rwanda, des génocidaires qui sortent de prison indiquent parfois où se trouvent les fosses communes », précise-t-il avec émotion.

Transmettre l’histoire aux jeunes générations

Aujourd’hui, Valens Kabarari parcourt les écoles pour témoigner. Il constate que si la nouvelle génération s’intéresse au sujet, il reste difficile de mobiliser l’opinion publique sur un événement jugé parfois trop lointain. Pourtant, pour l’écrivain, le lien historique est indéfectible. « Cette histoire est franco-rwandaise. On aimerait que les Français s’intéressent au rôle de la France à cette époque et jusqu’à aujourd’hui. »

Le message central de son œuvre est un appel à la conscience universelle. Le génocide n’est pas une tragédie locale, c’est une blessure faite à l’espèce humaine tout entière qui nécessite une transmission constante pour ne pas tomber dans l’oubli. « Un génocide nous concerne là où on est. Malgré la distance, les conséquences arrivent jusqu’à nous, ici en Meuse », conclut l’auteur.

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Clémentine Coppola

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