« Lucky Luke, c’est un personnage très célèbre qui incarne les États-Unis… mais vu par des auteurs franco-belges ». Pour Jul, reprendre les rênes de la série Lucky Luke, c’est prolonger une tradition européenne de réinterprétation du Far West. Loin du réalisme historique, la série conserve son ton humoristique et satirique, tout en intégrant des sujets de fond contemporains.
Moderniser sans trahir
Depuis qu’il a repris la série en 2016, Jul s’est donné pour mission de réinventer le cowboy solitaire, tout en restant fidèle à son esprit. « À chaque album, on essaie de faire quelque chose de nouveau, mais toujours en gardant l’ADN de Lucky Luke ». Ainsi, il a introduit des thèmes rarement abordés, comme le monde ouvrier américain à l’époque des cowboys, ou encore les luttes sociales liées aux premières usines.
L’univers de Lucky Luke, selon Jul, est chargé de symboles : « C’est un personnage ambivalent. Il aime la liberté, mais son métier, c’est de mettre les gens en prison ». Il souligne aussi le contraste entre Lucky Luke, droit et lisse, et Jolly Jumper, son cheval sarcastique, qui apporte une touche d’humour très française.
Un western pour toutes les générations
Jul souhaite que ses albums soient lisibles à plusieurs niveaux : « Il faut que ce soit drôle pour un enfant de 8 ans, mais qu’un adulte de 50 ans y trouve aussi des références, des clins d’œil ». C’est cette capacité à réunir les générations autour d’une même bande dessinée qui, selon lui, fait la force du personnage.
Jul n’hésite pas à aborder des sujets historiques sensibles : « J’ai fait Lucky Luke avec les Juifs, les Noirs, le thème de l’esclavage… ». Il a également envoyé son cowboy à Paris dans Un cowboy à Paris, autour de l’histoire vraie de la Statue de la Liberté. Chaque aventure s’appuie sur des recherches historiques solides, tout en gardant le ton léger et parodique propre à la série.
« Ce que j’aime, c’est cette gaieté franco-belge, cet humour dans un monde devenu très dur ». Pour Jul, la bande dessinée reste un moyen de faire réfléchir sans lourdeur, et surtout d’apprendre en s’amusant.


