Un plateau de télévision baigné de lumière, des caméras braquées sur un présentateur, un prompteur qui déroule. À première vue, rien d’inhabituel dans les locaux de PTV. Pourtant, il y a quelques semaines, ce décor familier aux téléspectateurs a changé de fonction. Le temps de quelques heures, plusieurs scènes y ont été tournées pour une fiction sombre, pensée pour le grand écran.
En compétition au Nikon Festival
Le court métrage Satiata est aujourd’hui en compétition au Nikon Film Festival. Si le réalisateur marnais à fait le choix du vrai plateau TV, c’est pour un objectif précis. Il permet d’ancrer le récit dans un cadre crédible, presque rassurant, celui de l’information télévisée. Un contraste volontaire avec l’histoire racontée.
« Il fallait un journaliste, il fallait garder un cadre professionnel, réel, avec le prompteur et les lumières », explique le réalisateur Cyprien Klein. « Si le décor est crédible, les spectateurs acceptent plus facilement ce qu’on leur raconte ». Une logique de diégèse assumée, où la télévision devient un personnage à part entière.
Une histoire où le crime se cache à la vue de tous
Dans une ville marquée par une série de disparitions, un peintre d’un charisme singulier attire l’attention avec des toiles troublantes, d’une beauté presque inquiétante. L’homme est médiatisé, invité sur les plateaux, admiré pour son talent. Ses œuvres fascinent, sans que personne ne s’interroge vraiment sur leur origine.



Pourtant, « la solution à l’enquête est en face d’eux ». « Il ne se cache pas », insiste le réalisateur. Le film joue sur cette idée dérangeante : l’évidence est visible, exposée, mais personne ne veut la voir. Une réflexion sur notre rapport à l’image et à la célébrité.
L’art comme écran moral
Le court métrage s’interroge sur la place de l’art dans la société et sur sa capacité à masquer l’inacceptable. « L’art autorise des choses abjectes sans que les gens ne soient choqués », analyse Cyprien Klein.
Le scénario s’inspire d’un fait réel survenu aux États-Unis, celui d’un homme peignant, Bob Ross, en direct à la télévision, autour duquel des théories avaient émergé, suggérant que ses tableaux pouvaient être liés à des crimes. Une source d’inspiration qui nourrit un récit où l’horreur se dissimule derrière une esthétique maîtrisée.
Trois jours de tournage intense
Le film a été tourné en trois jours, du vendredi soir au dimanche soir, dans un rythme intense. Une dizaine de personnes ont participé au projet, mêlant amis, professionnels de l’image, photographes et acteurs confirmés. « Tout le monde devait être prêt en amont. C’était très dense », confie le réalisateur.
L’acteur principal a accepté de jouer bénévolement, tout comme l’ensemble de l’équipe. La musique du film est une composition originale, pensée spécifiquement pour accompagner cette atmosphère trouble.
Un projet indépendant et entièrement bénévole
Installé à Reims, où une partie du film a été tournée, Cyprien Klein réalise des courts métrages depuis plusieurs années. « Ça fait des années que je fais des courts métrages. Ça fait cinq ans qu’on le fait et aujourd’hui, on veut se professionnaliser, se faire voir, se faire connaître », explique-t-il. L’objectif est aussi de disposer d’une bande-démo solide pour la suite de son parcours.

Le film est entièrement autofinancé, à hauteur d’environ 1 600 euros.Actuellement en compétition au Nikon Film Festival, le court métrage attend les résultats, annoncés le 26 mars. Une version plus longue, d’une durée de 3 minutes 50, est déjà prête pour une diffusion dans d’autres festivals.



