Mardi 25 mars 2025, en milieu d’après-midi, la Patrouille de France répète au-dessus de la base aérienne 113 de Saint-Dizier. Les Alpha Jet évoluent en formation serrée, dans le cadre d’un entraînement de pré-saison.
Vers 15 h 40, lors d’une figure complexe, deux appareils entrent en collision. Les images, filmées par des témoins, montrent les avions se percuter avant de chuter. Les deux pilotes ainsi qu’un passager parviennent à s’éjecter in extremis. Tous seront pris en charge par les secours. L’accident, spectaculaire, aurait pu être dramatique.
« On arrête… Éjection ! »
Pour les habitants de Saint-Dizier et des communes alentour, habitués à voir évoluer les avions dans le ciel, la scène est sidérante. Le périmètre est immédiatement sécurisé. Une enquête est ouverte pour déterminer les circonstances exactes de la collision.
Un an après les faits, la sortie du film « ATHOS – Au cœur de la Patrouille de France », consacré à la saison 2025, change la donne. Le documentaire suit les pilotes dans leur préparation millimétrée, leur cohésion d’équipe… et l’accident qui a marqué l’année.
Dans ce contexte, le commandant « Richie », leader de la formation en 2025, se confie. Une prise de parole rare dans un univers où la discrétion est la règle. Dans une interview accordée au journal Le Parisien, il revient sur l’instant précis où tout bascule : « On arrête… Éjection ! Et là, je ne vois plus personne », rapporte le pilote.
« En une fraction de seconde, tout change »
Leader, il ouvre la trajectoire. Les huit autres pilotes ne regardent que lui. Lui, en revanche, ne se retourne jamais. Lorsque l’ordre retentit dans son casque, il s’attend à voir un siège partir. Sur son aile gauche, pourtant, tout semble encore en place. L’incompréhension est immédiate.
Invité également sur TF1, il décrit la brutalité du moment : « En une fraction de seconde, vous passez de “tout va bien” à “il faut que je gère une crise, potentiellement avec des victimes”. »
La priorité devient alors claire : ramener le reste de la patrouille au sol en sécurité.« Les quelques minutes de vol et de roulage ont été parmi les plus longues de ma vie », confie-t-il. L’attente d’informations sur l’état de ses camarades suspend le temps.
Une précision extrême, à la limite du possible
Dans ses interventions médiatiques, le pilote rappelle aussi la réalité technique du vol en patrouille. Les Alpha Jet évoluent à deux ou trois mètres d’écart. Lors de certains croisements, les ailes peuvent se frôler à quelques dizaines de centimètres.
« Si vous vous plantez de 10 ou 20 centimètres, il n’y a pas beaucoup de place à l’erreur », explique-t-il sur TF1. Les vitesses en démonstration oscillent entre 300 et 600 km/h, avec des pointes plus élevées en transit. Les pilotes encaissent jusqu’à 7G, soit sept fois leur poids.
La synchronisation repose sur un principe strict : « Les équipiers ne réagissent pas en voyant l’avion du leader tourner. Ils anticipent tout à la voix ». Chaque figure est répétée au sol, mentalisée, chorégraphiée. Le leader agit comme un chef d’orchestre, composant la démonstration annuelle, en réglant la musicalité, le rythme et l’intonation.
Cette idée de résilience est un thème central du documentaire « ATHOS – Au cœur de la Patrouille de France ». Il sortira en salle le 25 février.


