4 441. C’est le nombre d’attaques de loup estimé dans le pays en 2025. Le nombre d’animaux victimes a augmenté de 15,1 % (12 927). Le département de la Haute-Marne est le département le plus touché par la prédation avec plus de 800 attaques recensées en 2025 et déjà plus d’une centaine depuis début 2026. Une situation particulièrement difficile pour les éleveurs qui craignent chaque jour de retrouver leurs bêtes sans vie.
Dans les territoires d’expansion du loup, les attaques ont ainsi augmenté de 38,4 % en 2025, et le nombre de victimes y a augmenté de 27,3 %.
Une réforme des règles de gestion de la prédation
Le 16 février, Annie Genevard, ministre de l’Agriculture, et le ministre délégué chargé de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, se sont rendus dans le département haut-marnais afin d’écouter les agriculteurs et d’annoncer des mesures concrètes face à la prédation du loup. L’animal a encore fait des victimes dans la nuit du 15 au 16 février, en tuant 18 brebis.
«Il est insupportable pour un éleveur, moralement et économiquement, de se lever le matin et de retrouver ses bêtes tuées par le loup », déclare Annie Genevard dans un communiqué, « C’est son travail qui est anéanti. Comme je m’y suis engagée en 2025, nous proposons ici une évolution des règles pour renforcer l’efficacité de la défense des troupeaux, et simplifier la vie des éleveurs, qui ont d’autres priorités que de remplir des papiers administratifs. Mon objectif est simple : pouvoir intervenir rapidement lorsque la prédation augmente, et augmenter les chances pour un éleveur d’éliminer le loup lorsqu’il attaque son troupeau. J’ai procédé à toutes les simplifications possibles au vu du cadre législatif actuel ; s’il faut aller plus loin, il faudra modifier la loi. A n’en pas douter, ce sera un enjeu des prochains mois ».
Ce 24 février, quelques jours après cette visite, les deux ministres publient les nouvelles règles «facilitant la défense des élevages, tout en assurant le maintien de l’espèce en bon état de conservation », selon un communiqué. « Ces évolutions trouvent leur fondement dans l’adaptation du cadre juridique européen relatif à la protection du loup, dont le statut a été révisé afin de permettre, dans le respect des engagements de conservation, la mise en œuvre de politiques de gestion équilibrées conciliant préservation de la biodiversité et protection des activités d’élevage ».
Tirs de défense, tirs de prélèvement, augmentation du nombre de loups éliminés…
La première mesure concerne le nombre maximal de loups pouvant être éliminés chaque année. Celui-ci passe de 19 %, soit 192 loups, à 21 %, soit 227 loups. Il pourra être porté à 23 % en cours d’année, selon la pression de la prédation et de l’atteinte du plafond (248 loups au total).
Deuxièmement, les éleveurs peuvent désormais opérer un tir de défense, que ce dernier bénéficie de mesures de protection ou non. Le but est de « simplifier le quotidien des professionnels agricoles, l’autorisation préfectorale actuelle pour opérer un tir de défense par un éleveur est remplacée par une procédure déclarative ».
En troisième mesure se trouve l’autorisation des tirs de prélèvement, en cas de dommages exceptionnels, y compris s’ils ont pour objectif de protéger des élevages qui ne bénéficient pas encore de mesures de protection. Ce sera aussi le cas pour l’envoi de la brigade mobile d’intervention de l’Office français de la biodiversité, et pour l’envoi des lieutenants de louveterie par le préfet de département. Dans le cas des tirs de prélèvement, qui ne sont accordables qu’à compter du 1ᵉʳ juillet de chaque année, une dérogation pourra être demandée pour obtenir un tel tir durant le premier semestre (hors période de naissance des louveteaux, du 15 avril au 15 juin) en cas de circonstances exceptionnelles.
Annie Genevard et Mathieu Lefèvre prévoient par ailleurs une « association plus étroite de la profession agricole aux décisions opérationnelles permettant d’améliorer les chances de succès en cas de défense d’un élevage ».
De la protection pour mieux défendre les élevages
Face à une espèce protégée comme le loup, la protection reste la meilleure façon de défendre le cheptel. Pour inciter les éleveurs à mettre en place des mesures de protection, les ministres maintiennent le financement public de ces mesures, soit près de 40 millions d’euros par an. Dans la majorité des territoires, l’indemnisation des bêtes tuées cessera à partir de la troisième attaque si le professionnel n’a pas protégé son élevage, ou commencé à le faire.
« La coexistence entre l’homme et le loup doit être organisée de manière pragmatique tout en veillant au bon état de conservation de l’espèce auquel le Gouvernement est
attaché. Elle doit s’accompagner d’une prise en compte sincère de la détresse des éleveurs, alors que le loup est désormais présent sur une grande partie du territoire. », exprime Mathieu Lefèvre, ministre délégué de la Transition écologique.
Dans l’objectif de maintenir le canidé en « bon état de conservation, et respecter ainsi les obligations européennes et internationales », le Gouvernement poursuit le maintien du principe d’un plafond de loups éliminables et octroie au préfet coordinateur du plan loup, la possibilité de suspendre certains tirs en cours d’année, si le plafond risque d’être atteint rapidement.



