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« La Course contre l’Oubli » : seule, Justine court 1 500 km en souvenir des déportés

Durée de lecture : 4 min.
Après un an de préparation dans les écoles, Justine, infirmière de métier, s'est lancée dans un périple mémoriel de 1 700 kilomètres entre Drancy et Auschwitz. À raison de 50 kilomètres par jour, elle traverse actuellement la Lorraine pour honorer les déportés du convoi 71.
Après un an de préparation dans les écoles, Justine, infirmière de métier, s'est lancée dans un périple mémoriel de 1 700 kilomètres entre Drancy et Auschwitz. À raison de 50 kilomètres par jour, elle traverse actuellement la Lorraine pour honorer les déportés du convoi 71.

Au bout du fil, le souffle est court mais la voix est d’une clarté absolue. Le craquement des feuilles mortes sous ses foulées ponctue notre échange. Alors qu’elle court, Julie a prit mon appel pour répondre à quelques questions. Actuellement en plein Parc Naturel Régional de Lorraine, Justine Decourselle vit une étape solitaire. « Là je suis un peu toute seule pour le coup, dans la nature », confie-t-elle. Ce calme contraste avec l’effervescence des jours précédents, mais il sied à la solennité de son périple : 33 jours de course pour relier Drancy à Auschwitz, sur les traces du convoi 71 qui quitta la France le 13 avril 1944.

50 kilomètres par jour, un galet tous les dix kilomètres

Son défi, baptisé « La Course contre l’Oubli », n’est pas qu’une performance athlétique de 1 500 kilomètres. C’est un projet sportif mais surtout pédagogique et mémoriel débuté il y a un an dans les écoles. Dans son sac, elle transporte chaque jour des galets décorés par des élèves. « Ces galets, soit ils représentent la tolérance, la paix etc. […] ou en hommage aux déportés de tous les convois. Et ces galets, moi tous les 10 kilomètres, je les mets entre Drancy et Auschwitz », explique-t-elle avec émotion.

Pour cette infirmière, le déclic est venu au contact de ses patients. « Je suis infirmière et j’ai des résidents qui ont été déportés, qui ont vécu la déportation. […] Je me suis dit bah pourquoi pas le sport en vecteur de transmission ». Un vecteur qu’elle juge nécessaire face à la disparition des derniers survivants : « Des témoins il n’y en a plus beaucoup et on va devoir être les témoins des témoins qu’ils ont été ».

Le mental pour dompter la douleur

Physiquement, le corps encaisse. À raison de 50 kilomètres par jour, les articulations grimacent. Mais Julie se sent bien et puise sa force dans la mémoire de ceux qu’elle honore. « Tout se joue sur le mental. Je me dis que ce que je vis là, ce n’est rien à côté de ce qu’ils ont vécu, eux, dans les wagons plombés ou dans les camps. Donc ça me fait relativiser tout de suite. Quand j’ai mal, je pense à eux, et bizarrement, la douleur, elle passe au second plan ».

Sur les routes, elle peut compter sur Jérémy, son compagnon, qui assure la logistique à bord d’un van aménagé. Un choix de vie rustique, loin du confort des hôtels. « On dort dans un van, on se douche dehors, ça c’est moins bien mais voilà, c’est aussi ça le projet. […] On voulait être dans l’effort, dans une certaine forme d’humilité par rapport au sujet qu’on traite ».

Raviver la flamme du souvenir

Au-delà de la performance, Julie s’arrête dans chaque village pour commémorer, comme récemment à Revigny-sur-Ornain. Elle ne court pas pour elle, mais pour la visibilité du convoi 71 et ses 1 500 déportés. « Je pense que la commémoration, elle aide à ne pas oublier », martèle-t-elle, citant avec fierté des moments forts comme à Meaux, où des anciens déportés l’ont rejointe.Le voyage se poursuivra jusqu’au 15 mai prochain, date de son arrivée prévue au camp d’Auschwitz. Ce jour-là, elle déposera les derniers galets des écoliers, bouclant ainsi une boucle mémorielle entamée dans l’effort et la solitude des forêts françaises. « J’ai hâte de pouvoir leur dire : « On l’a fait, on a porté vos messages jusqu’au bout » ».

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Clémentine Coppola

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